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« Joseph François Mangin, l’homme qui imagina Manhattan »

Pour le compte d’un de ses descendants j’ai écrit la vie de ce lorrain de Dompaire (Vosges) qui partit vers les îles à sucre en 1786 dans l’espoir d’y faire fortune et que les révolutions et les guerres conduisirent à New York dont il contribua à modifier la physionomie. Le récit est fidèle à la vérité historique, mais il est traité aussi comme un roman d’aventures, ce qui s’est fait sans difficulté car la vie de Mangin est une extraordinaire aventure …

Le promoteur du projet, Thibaud Leroy, veut lancer une impression de qualité de 500 exemplaires et au-delà faire traduire l’ouvrage en anglais pour le publier aux Etats-Unis.  Vaste et coûteuse ambition, au service de laquelle il a mis en place un financement participatif (les dons ne seront effectifs que si le projet va au bout) sur lequel vous trouverez toutes les informations voulues en cliquant sur ce lien :

https://www.kickstarter.com/projects/jfmangin/biographie-de-biography-of-joseph-francois-mangin

Que nul ne s’étonne de la présence de francs suisses dans l’affaire, Thibaud Leroy vit et travaille dans le canton de Vaud !

A propos du prix d’une biographie

Une biographie d’une personne vivante ne peut être rédigée qu’avec sa participation. Elle doit rassembler ses souvenirs et des objets ou archives qui les étayent et les enrichissent.  Ensuite elle parle au biographe, parfois péniblement, qui s’efforce d’y mettre de l’ordre et d’en tirer un texte attrayant.

Combien d’heures d’entretien pour rédiger 150 pages ? L’expérience montre qu’on peut produire au mieux quinze pages et plus fréquemment dix pages à l’issue d’un entretien de deux heures (voire trois) avec la personne « à biographier ». Grosso modo pour produire 150 pages d’un ouvrage en format A5 avec une police type « Garamond 11 » il faut 15 entretiens. Sachant que deux heures de face à face induisent quatre à cinq heures de rédaction, chaque entretien signifie six à sept heures de travail pour le biographe, donc 240 / 280 euros d’honoraires sur la base d’un tarif horaire de 40 euros, souvent considéré comme normal (voyez le tarif horaire du réparateur de votre machine à laver la vaisselle !).

280 euros, c’est d’ailleurs le tarif avancé par une plateforme comme « votrebiographie.com» sachant que dans ce cas le rédacteur du texte n’en empoche qu’une partie car il faut bien rémunérer l’intermédiaire ! Le biographe qui travaille « en direct » se contentera sans doute de 200 euros l’entretien car il doit bien vivre.

Résumons : si on a passé contrat avec un biographe, pour 150 pages désirées, on doit s’attendre à 15 entretiens, environ 3 000 euros à débourser, à quoi il faudra ajouter le prix des livres. Pour en imprimer cinquante exemplaires en noir et blanc par les techniques numériques il faudra payer environ 500 euros de plus, on en est à 3 500 euros, c’est déjà un joli budget pour la plupart des gens. Bien sûr le biographe est toujours libre de réduire quelque peu sa facture, par sympathie ou parce que la concurrence l’y pousse. Et souvent il le fait. Mais restons-en à ces 3 500 euros pour lesquels le client reçoit 50 exemplaires d’un ouvrage à couverture couleur avec à l’intérieur autant de photos en noir et blanc qu’il le souhaite.

Oyez, braves gens, il existe une plateforme nommée « Plume d’éléphant » qui pulvérise les prix. Que disent-ils ?

Ils proposent plusieurs formules, en fait plusieurs volumes de rédaction, allant de 50 pages à 250 pages. L’échelon « 150 pages », baptisé poétiquement « Novello » est facturé 2 000 euros, avec 10 exemplaires gratuits. Une aubaine ! Moi, client, j’économise au moins 1 500 euros par rapport à ce que m’aurait coûté la prestation d’un biographe contacté « en direct ». Champagne.

En fait on est dans un système dit lowcost. Comme chez Ryanair on a le billet de base pas cher, comme chez Ryanair le petit (ou grand) personnel est brimé et comme chez Ryanair tout ce qui dépasse, y compris les nécessités les plus ordinaires, est facturé à un prix prohibitif, genre cinq euros la cacahuète.

Démonstration.

Si vous vous contentez de vos 150 pages et de vos dix exemplaires avec aucune photo, ni en couverture ni ailleurs, vous ne payez en effet que 2 000 euros à « Plume d’éléphant ». Mais dix exemplaires, c’est très peu. Pour distribuer votre biographie à vos enfants, petits-enfants, et amis fidèles il faudra viser cinquante. Soit quarante autres que « Plume d’éléphant » vous facture 1 000 (mille) euros ! Ce qui nous met l’exemplaire à 25 euros alors que son vrai prix serait de l’ordre de 7 à 10 euros … Donc, 2 000 plus 1 000 font 3 000 et ce n’est plus tout à fait aussi attrayant. Admettons aussi que vous vouliez introduire ici et là dans l’ouvrage 8 (huit) pages de photos essentielles à l’illustration de votre propos, elles vous seront facturées 300 (trois cents) euros. Pour le coup l’addition grimpe à 3 300 euros. Et si vous voulez une photo sur la couverture du livre, c’est encore 100 euros de plus (alors que ce n’est pas plus cher que si la couverture était blanche), on est donc à 3 400 euros, autant dire au même prix que le biographe classique.

Mais le plus important est sans doute ailleurs. L’argumentaire de « Plume d’éléphant » assure que le livre de 150 pages sera le fruit de huit heures d’entretien. Chaque entretien dure deux heures, donc le client s’attend à ce que quatre entretiens suffisent. Or il est généralement admis que pour rédiger 150 pages il faut plutôt en passer par quinze entretiens, presque quatre fois plus ! Le livre est-il imprimé en caractères énormes avec une mise en page extraordinairement consommatrice d’espace ? Le biographe de « Plume d’éléphant » applique-t-il une méthode formidablement productive ? Passe-t-il outre les règles de la maison en pratiquant beaucoup plus d’entretiens que prévu ? Serait-il, de ce fait, sous-payé, comme on l’est chez Ryanair ? Mystère.

Comment rater à coup sûr son mémoire d’expertise-comptable et saborder sa carrière

Ce texte ne s’adresse pas à vous si vous êtes un expert ou simplement un bon amateur de belles lettres, rapports et communications en tout genre. Dans ce cas vous n’aurez aucun problème pour trousser une centaine de pages bien organisées et convaincantes, ou même pour empiler 30 000 mots bien pasteurisés, conformes à la doxa et presque vierges de fautes d’orthographe. Quant bien même feriez-vous des efforts pour être médiocre vous n’y arriveriez pas. Car c’est tout un art de perdre. Tout un art, et il faut y mettre de l’acharnement.

Si vous voulez échouer, ne surtout pas recevoir le « 10 » salvateur, voilà les 7 commandements.

  • N’ayez qu’une vague idée de votre propos.

C’est fondamental. Vous avez pu faire agréer votre projet de mémoire. Le sujet en était suffisamment attractif, bien étayé par votre expérience, prestement présenté, et le jury, après quelques échanges pour la forme, lui a donné sa bénédiction. Tout se présente bien. Mais non : vous êtes rusé. En réalité tout cela n’était que façade brillante mais creuse, comme certains palais des Indes. Vous n’avez bâti qu’un édifice résolument bâclé à base d’idées générales affriolantes mais qui dans votre tête ne débouchent pas sur grand-chose. Le plan détaillé a convaincu les examinateurs mais il vous laisse plutôt sceptique. La somme des nombres de pages de chaque partie atteint magiquement 100 (voire 102, pour faire « plus vrai »). Mais ces volumes ont été décidés au doigt mouillé, sous l’impulsion d’un optimisme bien chevillé au corps. En fait : vous n’en savez rien et n’avez qu’une idée floue du contenu de chaque section.

  • Mettez-vous au travail sans hâte.

En vous attelant à la tâche sans délai vous pourriez prendre conscience, malgré vous, de l’ampleur du problème, peut-être même retrousser vos manches et prendre goût à cet exercice du mémoire, qui vous rebute tant. Erreur capitale. Pour aller droit à l’échec tant désiré il faut savoir attendre. Laisser passer les vacances. Prétexter le boulot, les arrêtés de comptes, l’arsenal habituel des prétextes en or. Attendez les dernières semaines. Sinon ce n’est pas drôle.

  • Compensez vos lacunes par des emprunts coupables.

L’antisèche est l’arme immémoriale des faux petits malins. Pour peu que vos petits plagiats se remarquent, qu’ils déclenchent les clignotants des logiciels espions, vous décrocherez la timbale en montrant le peu de cas que vous faites de la déontologie. Imparable. Tellement radical que pour prolonger un peu le jeu pervers que vous menez vous éviterez d’aller trop loin dans cette direction.

  • Faites lourd et compliqué.

C’est une façon d’avoir l’air savant. N’écrivez pas « problème » mais « problématique », « occasion » mais « opportunité ». N’assurez pas que tel phénomène « est », mais qu’il « constitue ». Glissez un peu de grec ou de latin, ou d’anglais (qui n’est que le latin des temps actuels et vous l’utiliserez de façon volontiers maladroite) et usez largement de la périphrase. Exercice pratique : «le problème de la gestion des troupeaux de rennes, base de la culture lapone, est une occasion de gain » deviendra : « la problématique du management des ongulés nordiques, qui constitue l’alpha et l’omega de la culture lapone, est une opportunité de profit ». Saupoudrez de fautes d’orthographe inattendues, et je vous assure qu’au bout de trente ou quarante pages de cette pâtée indigeste le lecteur s’assoupit (au risque de devenir indulgent) ou jette l’éponge. Bingo !

  • Mettez du désordre

Recommencez ce qui vous semble mauvais, changez les idées sans souci de cohérence, ajoutez à la diable de nouvelles annexes sans mettre à jour votre texte (ce qui fait que le mot « annexe 12 » qui renvoyait à juste titre à une étude sur les rennes lapons va maintenant correspondre à un graphique sur la production laitière – le lecteur est perdu, c’était le but).

  • Beaucoup trop tard, faites appel à un écrivain public.

Par exemple mi-janvier, pour corriger un texte horrible à rendre le 13 février. Non seulement vous risquez de tomber sur des professionnels indisponibles, car déjà bien occupés par des clients plus prévoyants (ils ont signé avec eux fin novembre) mais si par malheur vous en trouvez un qui a un peu de temps vous pourrez vicieusement le faire lanterner (en lui envoyant votre mémoire deux semaines plus tard que promis) et ainsi le mettre au supplice, et, suprême raffinement vous pourrez le menacer ensuite d’un procès en considérant qu’il porte le poids de l’échec. Sublime.

  • Vous repassez à la session suivante ? n’en démordez pas !

Malgré tous vos efforts, et peut-être grâce à l’héroïque écrivain public ou une soutenance animée, vous avez eu 9. Encore un peu et vous y serez ? Non, pour éviter cette issue regrettable il vous reste une solution : ne (presque) pas tenir compte des observations du jury. Un tout petit peu pour pouvoir prétendre l’avoir fait, mais vraiment très peu. C’est un moyen infaillible pour irriter les examinateurs …

Bon, redevenons sérieux. Si vous voulez surmonter cette épreuve du mémoire il faut évidemment éviter ce qui est énuméré ci-dessus, et cette liste n’est pas si farfelue. Un peu grossies sans doute, ce sont des erreurs classiques des candidats. On les rencontre souvent. Alors pour commencer, si votre style, discours, orthographe et syntaxe vous préoccupent, cherchez à vous entendre avec un prestataire en écriture sans trop tarder, par exemple en novembre pour le dépôt de février. Vous n’en aurez que plus de temps pour faire le tour avec lui des services qu’il peut vous rendre.